FN et discours social : de l’ultralibéralisme des années 1980 au populisme social d’aujourd’hui

31 mars 2013 6 Imprimer ce billet Imprimer ce billet

Dans cet article que nous avions publié dans No Pasaran en mai 2011, nous avions fait un petit rappel du discours social à géométrie variable du Front national. Alors que, dans la perspective des prochaines élections, le FN version Marine Le Pen veut se la jouer social, un petit rappel peut être le bienvenu.

Après avoir incarné la mue plastique du Front national (qui serait, grâce à la blondeur et au charisme de sa nouvelle présidente, désormais « dédiabolisé » comme on dit dans les journaux), Marine Le Pen s’attaque à cette vieille lune du FN qui consiste à faire croire à son électorat populaire qu’il défend ses intérêts. Ainsi, la fille Le Pen promet une fois de plus de faire bouger les lignes à l’intérieur du parti de papa, alors que le FN, depuis sa création, se pose objectivement, en particulier lors des conflits sociaux, comme le plus farouche défenseur des intérêts capitalistes. Revoilà donc le « nouveau » virage social du parti nationaliste, qui serait le gage de son aptitude à répondre aux angoisses socio-économiques dont il se nourrit depuis sa création. Cette situation n’est en effet pas sans rappeler celle des années 1990, « l’âge d’or » du FN en terme d’organisation militante et de résultats électoraux, période durant laquelle le FN s’était essayé à apparaître (déjà !) comme « le parti des travailleurs »…

Quand l’extrême droite tient un discours social, c’est forcément débarrassé de la notion de lutte des classes, et son projet repose toujours sur la réconciliation entre patrons et salariés, au nom de l’intérêt supérieur de la nation. Dans ce sens, sa référence est généralement le modèle de la corporation, à la fois en raison de son côté nostalgique (celui de l’époque pré-industrielle) et de l’ordre « naturel » qu’elle représenterait, au même titre que la famille ou la nation. Ce n’est d’ailleurs pas par hasard si on retrouve le corporatisme sous Vichy, en particulier dans le monde agricole. Opposé au communisme et au capitalisme, dénoncés comme des « collectivismes », la corporation représenterait non seulement la seule façon de réconcilier la communauté en rassemblant patrons et ouvriers, mais également la défense des libertés économiques et individuelles. Cette notion de corporation est dépoussiérée dans les années 1970 par la reprise par l’extrême droite du solidarisme1 qui se définit alors comme « anti-système », anti-technocratique, anti-démocratique et anticapitaliste, même si dans les faits, c’est surtout par son anticommunisme qu’il s’affirme dans la rue.

De l’ultralibéralisme à l’antimondialisme

Mais du côté du Front national, ces références idéologiques ne s’imposent pas d’emblée. Pourtant, l’Union solidariste rejoint le FN en 1977 et l’un de ses leaders, Jean-Pierre Stirbois, devient même secrétaire général du parti de Jean-Marie Le Pen en 1981 : sous son influence (jusqu’à sa mort accidentelle en 1988), le solidarisme est un courant idéologique important au sein du FN, comme les pétainistes et les catholiques intégristes, nombreux au FN à cette époque, et qui restaient eux aussi attachés à l’idéal corporatiste. Mais c’est Le Pen qui donne le ton, et durant cette période, il s’agit avant tout de « libérer le travail, libérer l’entreprise » (en autorisant par exemple la fixation libre du salaire ou en supprimant les autorisations administratives de licenciement) et bien sûr de « réduire la main d’?uvre étrangère », (en instaurant la préférence nationale en matière d’emploi).

Mais au début des années 1990, alors que le FN est déjà en passe d’être désigné comme le « premier parti ouvrier de France » en raison de ses bons résultats électoraux dans les milieux populaires, le décalage entre ses propositions économiques et son électorat devient problématique : c’est à Bruno Mégret, le futur « renégat » de la scission de 1999, issu de la haute administration, qu’incombe la tâche de redorer le blason social du FN. Il prépare alors les « 51 propositions sociales » du Front national, avec, entre autres revirements, la réaffirmation du SMIC comme salaire de référence, l’augmentation des bas salaires, le maintien des principaux acquis sociaux (39 heures, congés payés…), tout en conservant la position antérieure concernant l’assouplissement des règles administratives à l’embauche ou la mise en concurrence des organismes de Sécurité sociale, qui pourraient devenir privés. Si les avancées sont timides, ces mesures marquent le début d’une ère nouvelle au FN, qui troque alors son discours ultra-libéral contre un discours aux contours encore flous, mais dans lequel le rôle de l’État est réaffirmé comme le garant de « l’intérêt supérieur de la communauté nationale ». Dans le même esprit, après avoir appelé de ses v?ux, tout au long des années 1980, une « révolution libérale » et avoir cité comme modèle Ronald Reagan, le président US de l’époque, le FN milite désormais pour un nouveau protectionnisme et dénonce « l’idéologie dominante »  imposée par les États-Unis : c’est le passage de l’anticommunisme à l’antimondialisme, rendu nécessaire par la chute du mur de Berlin en 1989. Cette nouvelle orientation a non seulement l’avantage de fusionner un double rejet (celui du modèle capitaliste ultra-libéral et celui du communisme) dans la dénonciation d’un ennemi unique, mais également celui d’associer plus facilement politique d’immigration et politique économique, qui toutes deux feraient parti du même projet politique : la destruction des nations, menée par de mystérieux apatrides (suivez mon regard…). Dans son discours du Premier mai 1996, Jean-Marie Le Pen l’énoncera clairement : « Ce sont les mêmes intérêts égoïstes, ceux du capitalisme anonyme et vagabond, ceux des transferts massifs de la spéculation qui (…) ont mis en place et imposé dans les esprits comme solution inéluctable les éléments d’un véritable complot : le mondialisme. » Cette théorie du complot mondialiste est, depuis le traité de Maastricht, ressortie à chaque nouvelle décision prise à l’échelle européenne, et Bruxelles devient vite le siège de ce complot.

En revanche, le programme fiscal lui ne change pas, et conserve comme ligne la suppression de l’impôt sur le revenu, sous l’influence de Jean-Claude Martinez, membre du bureau politique du FN et président de l’ASIREF (Association pour la Suppression de l’Impôt sur le Revenu Et la réforme Fiscale). Aussi, pour financer son programme, le FN propose d’une part une forte augmentation du salaire direct et une diminution radicale des charges sociales, tout en fiscalisant les ressources de la Sécu, et d’autre part bien entendu l’arrêt de tout transfert en direction des immigrés, qu’il s’agisse de la Sécurité sociale, des indemnités chômage ou de toute autre allocation.

Malgré cela, idéologiquement, le plus dur est fait, malgré quelques résistances des libéraux du parti. Le FN peut désormais prétendre être au diapason des préoccupations sociales de son électorat, et il ne reviendra pas en arrière sur ces différents points. Reste à faire valider cette nouvelle orientation, à la fois en s’implantant dans le monde du travail et en réussissant à réagir lors du prochain mouvement social.

Le FN et les syndicats

L’implantation syndicale n’est pas une nouveauté introduite par le Front national. Dès le début des années 1970, Ordre Nouveau (ON) est le premier mouvement à se lancer dans l’aventure, avec la création de l’Union Générale des Travailleurs (UGT), qui se donne comme objectif de « travailler en tant que faction nationaliste organisée au sein des syndicats officiels ». La structure ne survit pas à la dissolution d’ON en 1973, mais d’autres prennent le relais : c’est le cas du Parti des Forces Nouvelles (PFN) qui lance cette même année l’Association pour un Syndicalisme Libre (ASL), mais qui se solde elle aussi par un échec deux ans plus tard. Avant que le FN ne s’intéresse à la question, il ne reste plus à l’extrême droite que les milieux catholiques intégristes (autour notamment de la Cité catholique) et des groupuscules néonazis2 pour continuer cette stratégie d’entrisme, avec un succès très mitigé.

Le Front national, à sa création en 1972, se contente de fustiger « les syndicats professionnels de la lutte des classes qui vivent des antagonismes sociaux ». Il cherche bien à se rapprocher des petits commerçants et des métiers liés à la sécurité, qui constituent la base de son électorat, mais c’est surtout en direction des petits patrons que le Front national se tourne. Il est tout particulièrement intéressé par le Syndicat National du Patronat Moderne et Indépendant (SNPMI), présidé par Gérard Deuil, un ancien de l’extrême droite pétainiste. Le SNPMI, qui se construit contre les syndicats « marxistes », tient sans originalité un discours réactionnaire et anti-fiscalité, mais a comme particularité de regrouper en son sein à la fois des patrons, des professions libérales et des salariés, et a obtenu en 1982 plus de 14% des voix aux élections prud’hommales. Jean-Marie Le Pen lui-même participe à une manifestation de ce « syndicat », et le Front national dans son ensemble se retrouve assez bien dans ce mélange d’ultra-libéralisme (à travers la dénonciation des réglementations imposées par l’État) et de paternalisme.

En 1984, pour les artisans, les petits patrons et les professions libérales, le Front national décide de se doter d’une structure propre, l’association Entreprise Moderne et Liberté, qui devient quelques années plus tard la Fédération Nationale Entreprise Moderne et Liberté (FNEML). Pour ce qui concerne les salariés, plus à l’aise dans l’implantation sectorielle plutôt que dans la création de sections d’entreprise, le FN va privilégier l’entrisme, en particulier à FO, à la CGC ou à la CFTC. Mais cette stratégie est entravée par deux difficultés principales : d’une part la concurrence d’infiltrés plus anciens issus du RPR (l’ancêtre de l’UMP), et d’autre part la lutte idéologique au sein du FN entre conservateurs et nationalistes-révolutionnaires.

Des syndicats FN

Aussi, le succès du FN aidant, le Front envisage au milieu des années 1990 de lancer ses propres structures. C’est au sein de la police que le parti lepéniste se lance pour la première fois : le syndicat FN-Police est créé à l’automne 1995, trois semaines avant les élections professionnelles des policiers en tenue, et obtient 7,5% des voix ! Fort de ce succès, le Front multiplie les syndicats maison : FN-RATP (transports parisiens), FN-TCL (transports lyonnais) FN-Pénitenciaire… La naissance de ces syndicats d’extrême droite provoque un véritable scandale, et le succès de la démarche est assez mitigé, pour diverses raisons : des scissions apparaissent très rapidement dans certains syndicats, le FN-RATP est interdit, d’autres structures ne dépassent pas le stade de coquilles vides… Aussi, dès juin 1996, le FN change de stratégie et revient à sa démarche initiale : organiser ses sympathisants syndiqués dans les grandes confédérations au sein d’une structure unique, présidée par Carl Lang, le Cercle National des Travailleurs Syndiqués (CNTS), l’équivalent pour les salariés de ce qu’est la FNEML pour les petits patrons, avec la même tâche : récuser la lutte des classe et encourager l’entente entre patrons et salariés. Une autre des missions du CNTS est de séduire les fonctionnaires, dans un but essentiellement électoraliste : il y a du boulot, car ils sont régulièrement désignés par le FN comme boucs-émissaires. Ainsi, lors d’une grève de la fonction publique en 1996, au lieu de les désigner à la vindicte populaire, le CNTS s’adresse à eux pour leur rappeler que leur statut, basé sur la préférence nationale, est menacé par le « mondialisme » et la construction européenne.

Quoi qu’il en soit, dans la perspective des élections législatives de 1998, le principal est fait : donner de la crédibilité à l’intérêt que le FN porterait aux inquiétudes de son électorat populaire. De plus, le FN veut devenir un véritable parti de masse, et il voit dans les syndicats un élément parmi d’autres de la « toile d’araignée » qui doit rendre le FN omniprésent à tous les niveaux de la société.

FN et mouvement social

Mais l’implantation syndicale ne suffit pas : il faut que le Front national réussisse à se faire entendre lors des mouvements sociaux pour réellement valider sa nouvelle posture sociale. Or il se trouve qu’en 1995, la France connaît un mouvement social d’une ampleur sans précédent depuis plusieurs années. Les nombreuses grèves, dans les transports et l’énergie, les blocages aussi, sont alors très populaires, y compris dans l’électorat frontiste, dont près de 50% se dit alors solidaire du mouvement. En revanche, du côté des dirigeants frontistes, le discours est sans surprise farouchement hostile à ce mouvement. Tout en dénonçant le plan Juppé pour la Sécurité sociale à l’origine du mécontentement, Jean-Marie Le Pen dénonce pêle-mêle « une révolte de privilégiés » (celle des employés des services publics), les « gréviculteurs » (les syndicats « irresponsables »), et la grève elle-même comme mode d’action, jugée « archaïque et ruineuse », voire même considérée comme une « aberration juridique et économique » quand elle est utilisée par les fonctionnaires . En insistant sur « le chaos » dans laquelle le mouvement social plongerait le pays (« chaque journée de grève est un coup portée à la France »), le FN espère apparaître comme « le seul parti de l’ordre » : c’est d’ailleurs une simple posture, car il n’arrive pas alors à mobiliser ses militants pour encadrer le mécontentement des usagers bloqués par les grèves, d’autant qu’il risque alors d’apparaître comme un allié objectif du gouvernement dont il dénonce par ailleurs la politique… Alors qu’une partie de sa base militante était prête, et une partie de son électorat encore plus, le FN n’a pas réussi à franchir le pas et à s’associer pleinement au mouvement contestataire, trop étranger à ses principes idéologiques fondamentaux : la défense de l’ordre, de la propriété et de la hiérarchie.

Quatre ans après ce conflit social majeur, le Front national connaît la plus grande crise de son histoire, et la plupart des cadres chargés des questions sociales (Bruno Mégret, Carl Lang, Samuel Maréchal…) ou économiques (Jean-Claude Martinez) vont soit faire partie des « félons », soit quitter rapidement le parti dans les années qui suivent. Le FN va par la même occasion disparaître de la scène politique et médiatique jusqu’en 2002, et son appareil est alors tellement affaibli qu’il ne peut envisager de continuer à avancer sur ce terrain, et il revient à ses fondamentaux (sécurité et immigration), tandis que tous s’interrogent en son sein sur la question de la succession d’un chef vieillissant.

Et aujourd’hui ?

Ce retour en arrière sur une période « faste » du Front national permet d’observer les similitudes, mais aussi les différences avec la situation présente. Certes, le FN semble avoir repris de la vigueur et retrouver sa forme d’antan : en interne, Marine Le Pen, comme son père, a réussi à faire taire ses opposants ; vers l’extérieur, elle passe mieux dans l’opinion que son père et les résultats aux cantonales de mars comme les plus récents sondages montrent qu’elle a su rendre au FN la place centrale qu’il avait dans la vie politique dans les années 1990, le côté « sulfureux » en moins. Cette vitalité est cependant en trompe-l’?il, car l’appareil lui-même n’a rien à voir avec celui de 1995, et les milliers d’adhérents annoncés sont surtout de papier, tandis que les caisses sont vides, tout comme le sont les différentes structures censées relayer le discours frontiste dans la société civile. Car c’est là le paradoxe actuel de la situation du FN : omniprésent dans les médias, puissant dans les urnes, il est incapable d’avoir une présence effective dans le monde réel. Il lui faut donc, sur la question sociale, se livrer à un véritable tour d’illusionniste pour masquer sa faiblesse organisationnelle.

Le discours

Pour ce qui concerne la partie théorique, c’est la volonté de « dédiabolisation » qui empêche Marine Le Pen de tenir un discours véritablement novateur. Préférant s’appuyer sur des experts économiques reconnus par le « système » ou des personnalités de gauche pour semer le trouble, Marine Le Pen, lors de la présentation de son programme économique le 8 avril dernier, n’a pas réussi à lui donner une coloration vraiment novatrice : avec la sortie de la zone euro et le retour au franc comme axe principal, difficile d’apparaître comme tourné vers l’avenir, même si c’est au nom de l’opposition à la « mondialisation » ; de même, le soutien prioritaire « aux classes moyennes » est un discours tenu par à peu près toute la classe politique. Pourtant, dans l’entourage de Marine Le Pen, on trouve des partisans du solidarisme3, et on peut facilement en retrouver les grandes lignes dans le discours officiel, sans que la référence idéologique soit ouvertement assumée pour le moment. Ainsi, le discours axé principalement contre le grand patronat ou la spéculation n’est pas seulement du populisme : en ce qui concerne les patrons, c’est avant tout une façon de distinguer les patrons « du système », ceux que les solidaristes appellent les patrons « commis » (hier par l’État, aujourd’hui par les actionnaires), défenseurs de la mondialisation, et les petits patrons, bienveillants à l’égard de leur employés, utiles à la société ; en ce qui concerne les spéculateurs, c’est une façon là encore de donner corps au « mondialisme », et d’affirmer son indépendance à l’encontre des marchés financiers et des structures supranationales. De même, la place retrouvée de l’État au c?ur du discours du FN4 et l’éradication de la dette publique comme priorité s’inscrit parfaitement dans le projet solidariste. L’économie doit en effet suivre les orientations que lui pose l’État, au bénéfice de la population et pour répondre « aux exigences stratégiques de l’État »5, et surtout respecter « les valeurs et traditions » du pays : monnaie nationale, interdiction de toute société ou organisation étrangère jugée « néfaste », autosuffisance (y compris à l’échelle continentale, selon « le principe d’autarcie des grands espaces (…) de Brest à Vladivostok »), protectionnisme… On le voit, la question n’est pas de savoir si les propositions du FN sont crédibles ou « réalistes » (celles des autres partis le sont-elles ?), mais de savoir si elles s’inscrivent dans un projet cohérent et de déterminer la dangerosité de ce projet en tant que tel. Bien entendu, Marine Le Pen avance à pas feutrés, mais c’est pourtant ce projet dont il va falloir définir les contours.

Dans les faits

Depuis l’arrivée de Marine Le Pen à la présidence du Front national, c’est davantage dans le champ social que sur ses thématiques habituelles (sécurité et immigration) que le FN a joué les trouble-fête. En effet, l’UMP et son gouvernement (en particulier ses ministres de l’Intérieur successifs) se sont chargés des scandales liés aux petites phrases racistes, et la fille Le Pen a voulu dans ce domaine se distinguer de papa tout en cherchant à créer l’événement : on se souvient de l’affaire Fabien Engelmann6, syndicaliste CGT et candidat FN aux cantonales de mars dernier, et surtout du « buzz » créé autour : le trublion avait en effet promis des dizaines de « coming aout » dans son genre (qu’on attend toujours), le FN des procès en cascade (qui tardent à venir) et finalement, la seule chose qui s’est vraiment produite, c’est l’annonce par Louis Aliot, vice-président du FN et Thierry Gourlot, président du groupe FN en Lorraine, de la création d’un… Cercle National de Défense des Travailleurs Syndiqués (tiens, tiens) dans le but de faire face « aux discriminations politiques qui sévissent au sein de certaines organisations syndicales françaises et face aux exclusions dont sont victimes des militants du FN ». On le voit, rien de nouveau sous le soleil ! Le discours traditionnellement anti-syndical n’a pas changé de nature (écoute des syndiqués, qui restent avant tout des électeurs, critique des centrales syndicales qui seraient toujours porteuses de la lutte des classes honnie), et la mise en avant d’un personnage tel qu’Engelmann est avant tout une façon de faire parler de soi sur un terrain où l’on n’a rien à dire…

Enfin, pour ce qui est de l’attitude du FN face à un mouvement social, c’est trop tôt pour dire si l’arrivée de Marine Le Pen va vraiment changer la donne. On peut quand même rappeler sa position lors du mouvement contre la réforme des retraites il y a seulement six mois. Marine Le Pen avait alors dénoncé « l’attitude particulièrement molle du gouvernement face aux casseurs » et rappelé que « si la réforme doit être vigoureusement dénoncée, il n’est pas possible d’appeler à rejoindre des manifestations organisées par des syndicats décrédibilisés et coupables (…) Ensemble, syndicats et gouvernement jettent la France dans le chaos ». C’est pourquoi il serait urgent de réformer « en profondeur » la représentation des salariés, car « des organisations nouvelles doivent pouvoir émerger, à même d’être véritablement du côté des travailleurs français et de défendre l’intérêt de notre pays »… Le syndicalisme à la mode FN : dans l’intérêt d’une nation et non d’une classe, pour le maintien de l’ordre imposé par un État dont les décisions n’auront pas à être discuté, puisque « de bon sens », naturellement dans l’intérêt national… Reste à voir si le parti de Marine Le Pen va avoir les moyens de sa politique, faute de quoi il sera condamné, comme par le passé, à être spectateur de l’événement. Espérons aussi que le « mouvement social » aura à l’avenir un ?il vigilant sur ces tentatives de récupération des tensions sociales, en s’interrogeant sur les perspectives politiques des luttes en terme d’émancipation sociale, sans s’accrocher seulement à l’espoir du retrait d’une loi ou du maintien de tels ou tels emplois : car, si les luttes restent limitées à ce genre d’objectifs, le Front national pourrait finir par trouver sa place en fin de cortège…

1 Il s’agit à l’origine d’une idée politique de la fin du XIXe siècle, développée par Léon Bourgeois, qui se voulait une « troisième voie », ni libérale ni socialiste.

2C’est le cas par exemple de la FANE dans les usines Renault ou plus tard du PNFE au sein de la FPIP, un syndicat policier créé en 1973, par l’intermédiaire de son secrétaire général Serge Lecanu.

3Comme Emmanuel Le roy, un ancien du Parti populiste, qui, dans un texte intitulé « le sarkozysme est mort, vive le solidarisme », rendu public en avril de l’année dernière, et qui développe sans fard une position « anti-système ».

4« il faut rebâtir l’État aujourd’hui démantelé : un État stratège qui impulsera l’innovation et la croissance », communiqué de presse de Marine Le Pen, 26 janvier 2011.

5Toutes les citations entre guillemets sont extraites du texte « le sarkozysme est mort, vive le solidarisme », cf. note précédente.

6Secrétaire de section CGT en Moselle, il s’est présenté sur la liste FN

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