Ouvrage sur l’antifascisme armé en Europe

9 janvier 2013 0 Imprimer ce billet Imprimer ce billet

Lu sur le site http://communismeetconflits.over-blog.com, une chronique du livre de Valerio Gentili, membre du RASH Roma et fondateur de Patria Socialista.

Valerio Gentili,

Bastardi senza storia. Dagli Arditi del Popolo ai Combattenti Rossi di Prima Linea : La storia rimossa dell’antifascismo europeo,

Castelvecchi, Rome, 2011.

Bastardi

Le postulat à l’origine du livre de Valerio Gentili est particulièrement original et intéressant : selon lui, il a existé à partir des années 1920 un véritable mouvement de résistance armé antifasciste en Europe dont l’histoire et le souvenir ont été délibérément occulté. En effet l’auteur avance, de manière assez hardie, l’idée que seule une réaction violente du monde ouvrier, dépassant les cadres de la légalité démocratiques, aurait pu éviter l’arrivée des nazis au pouvoir, mais les dirigeants réformistes, soutenu par les classes dirigeantes, n’ont pas voulu enfreindre cette légalité. Afin d’occulter cette funeste erreur, l’existence d’un antifascisme armé avant la guerre a donc été sciemment occultée.

Pour appuyer sa théorie Valerio Gentili se lance dans une description des différents groupes paramilitaires de gauche qui ont existé en Europe durant les années 1920 et 1930 : Rote Frontkampferbund, Reichsbanner Front de Fer en Allemagne, Schutzbund en Autriche, Groupes de défense antifascistes et TPPS en France, Arditi del Popolo en Italie, Ex-Servicemen en Angleterre. Il porte une attention particulière à l’Allemagne et met en évidence la nécessité pour les organisations de gauche d’assurer la défense de l’exercice de leurs droits politiques et syndicaux mais aussi celle de leurs militants et dirigeants. Cette nécessité face à l’agressivité des groupes fascistes explique la naissance de troupes paramilitaires à gauche. Il montre surtout la fascination qu’exerce à l’époque, même à gauche, la symbolique guerrière, ce qui se laisse voir dans les affiches, les symboles graphiques, comme les trois flèches, mais aussi les uniformes et les défilés. Cette appétence pour la discipline, la rhétorique de l’honneur, une virilité brutale se déploie ainsi au milieu d’une véritable guerre des symboles qui voit naitre et s’internationaliser le salut le poing levé.

Valerio Gentili ne cache pas la spécificité des organisations armées antifascistes dont la majorité des membres sont des anciens combattants et qui recrutent dans les marges du monde ouvrier. Cela signifie que s’y retrouvent de nombreux chômeurs, des déclassés mais également un lumpen-prolétariat qui n’hésite pas à confondre étroitement politique et criminalité à l’instar du groupe impliqué dans le meurtre du nazi Horst Wessel. Ces milices ne forment pas non plus un ensemble idéologique structuré mais plutôt un agrégat de diverses révoltes contre la société, ce qui peut expliquer à la fois la méfiance que les partis de gauche manifestent à leur égard mais aussi la relative facilité pour les militants à déserter pour rejoindre les rangs des adversaires.

Ce voyage dans l’antifascisme violent ne s’achève pas en 1939-1940 puisque Valerio Gentili le prolonge jusque dans les années 1990 présentant les groupes Antifa en France et en Italie ainsi que le Rash ou Patrie socialiste en Italie. Il parvient ainsi à montrer la résurgence des symboles antifascistes nait dans l’entre-deux-guerres au sein de ces formations qui regroupent des jeunes et animent une subculture contestataire.

Le livre de Valerio Gentili est un document fascinant puisque c’est le seul, à notre connaissance, à tracer les contours d’une histoire des groupes paramilitaires de gauche. Le simple fait de vouloir combler un vide historiographique en se penchant sur l’histoire des milices antifasciste doit ainsi être salué. Mais les erreurs factuelles sont nombreuses, notamment sur le cas français que nous connaissons bien, ce qui laisse deviner l’utilisation de sources de seconde main peu scientifique. Surtout cet ouvrage est avant tout un livre militant, puisque l’auteur est une membre actif du groupe Patria socialista qui, à Rome, essaye de faire revivre cet antifascisme musclé. Le postulat de départ de l’auteur que nous avons résumé plus haut est ainsi fortement politique ce qui ne fait, en définitive, que nuire à la crédibilité du propos.

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