idée reçue n°1

24 novembre 2012 0 Imprimer ce billet Imprimer ce billet

« L’antifascisme d’aujourd’hui doit prendre comme modèle celui des années 1930. »

NOTRE RÉPONSE :
 Ce n’est pas toujours dans les vieux pots qu’on fait les meilleures soupes. Ainsi en est-il de l’antifascisme républicain, qui reprend dans ses principes un certain antifascisme d’avant-guerre, parfois présenté comme l’Âge d’Or, dont les caractéristiques sont les suivantes.

En premier lieu, il faut rappeler qu’avant les années 1930, les forces révolutionnaires de l’époque refusent de reconnaître une quelconque autonomie politique au phénomène fasciste, qui ne serait, selon elles, qu’une création et un outil de la bourgeoisie. Dans le cas des communistes, le terme « fasciste » est utilisé pour désigner tous leurs ennemis politiques, y compris les socialistes, et le fascisme lui-même est considéré comme le stade final et nécessaire de la domination bourgeoise ; quant aux socialistes, il préfèrent parler de « réaction », ignorant les spécificités des mouvements qui se développent en Italie et en Allemagne. Soixante ans plus tard, alors que le FN perce électoralement en 1983-1984, les réactions des forces politiques de gauche sont extrêmement faibles, et se limitent à des déclarations de principe ou à des manifestations épisodiques. Le mouvement nationaliste est considéré comme un feu de paille qu’une bonne utilisation politique devrait suffire à conjurer. C’est d’ailleurs à quoi s’emploient le Parti socialiste et la droite libérale durant tous les scrutins électoraux de la décennie 1980.

Dans les années 1930, une fois que le fascisme devient incontournable et s’é-tend un peu partout en Europe, les sociaux-démocrates développent l’idée que, le socialisme étant la démocratie totale, politique et économique, la classe ouvrière aurait tout à perdre en ne soutenant pas la démocratie politique en place dans les pays européens. L’optique choisie est donc que face au fascisme, il faut renforcer la démocratie et réformer le Capital. C’est ce qui donnera, plus de cinquante ans plus tard, naissance et forme à l’antifascisme républicain : un antifascisme qui, malgré d’éventuelles analyses « radicales », fait du combat contre le fascisme une lutte pour la démocratie qui escamote la critique de l’État. Un antifascisme qui voit dans la forme du front populaire une combinaison parfaite des revendications de démocratie politique et économique, apte à barrer la route au fascisme alors même qu’elle ne touche pas au capitalisme et aggrave par sa politique économique les tensions entre classe ouvrière et classes moyennes, rejetant celles-ci vers le fascisme. C’est aussi un antifascisme moral qui fait de la démocratie pluraliste et de la dictature fasciste respectivement un Bien et un Mal absolu.

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