Alors que la Manif pour Tous ne rassemble plus les foules, on serait tenté de se demander si la mouvance des catholiques réactionnaires issus de ses rangs a encore de l’avenir. Or il se trouve que ce milieu très dynamique est en pleine recomposition : l’Avant-Garde, qui organise le week-end prochain sa deuxième université d’été, est un bon exemple actuel d’une tentative de peser dans le débat public et dans les sphères politiques.

L’Avant-Garde est un mouvement assez récent mais qui commence à sortir de l’ombre. Son but officiel est de rassembler diverses tendances de la droite. Leur deuxième université d’été qui aura lieu fin septembre donne l’occasion de proposer un éclairage sur ce « réseau collaboratif d’action politique ».

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Il est important de noter que ce mouvement est le fruit d’un premier rapprochement de deux Charles : Millon et Beigbeder, bientôt rejoints par Julie Graziani (porte-parole du collectif Ensemble pour le bien commun) et Anne Lorne ( ex-coordinatrice locale de La Manif pour Tous), à travers le collectif Phénix. Celui-ci, créé début 2015, avait pour but de peser sur les candidats à l’élection présidentielle sur les questions de l’identité et de la tradition notamment, tout ça saupoudré, bien sûr, d’ « amour de la France ».

C’est quelques mois plus tard que l’Avant-Garde voit le jour. Parmi ses principaux animateurs, on retrouve donc Charles Millon (qui s’était illustré aux élections régionales de 1998 en passant un accord avec le FN pour se faire élire, ce qui lui valu son exclusion de l’UDI) et Charles Beigbeder (présent à la soirée de lancement du Carrefour de l’Horloge en janvier 2016 , aux côtés, entre autres, d’Henry de Lesquen), mais aussi Xavier Lemoine et Jacques de Guillebon. Attardons-nous un peu sur ces deux dernières personnes.

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L’Avant-Garde, octobre 2015

Xavier Lemoine est le maire LR de Montfermeil et vice-président du PCD de Christine Boutin. Il est issu du MPF De Philippe de Villiers. En 2016, il a notamment participé aux Rendez-vous de Béziers mis sur pied par Robert Ménard, sur le thème de l’école, aux côtés de Anne Coffinier (La Manif pour Tous, Fondation pour l’école). C’est lui qui le premier a accepté le projet d’une école pilote de la Fondation Espérance Banlieues, elle-même issue de la Fondation pour l’école, à Montfermeil (le cours Alexandre Dumas) et qui raconte régulièrement cette expérience, entre autres sur TV Libertés en octobre 2016 : il l’évoque comme une fondation «  qui fait un travail de fond remarquable […], c’est ça qu’il faut multiplier à l’échelle des banlieues, et avec ça, on arrive à reconquérir un territoire  ».

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Conférence de l’Avant-Garde, 22 septembre 2016.

Son obsession ? L’immigré musulman, comme lorsqu’il déclarait en 2006 dans un journal israélien : « quand la France renie sa propre histoire et passe son temps à s’excuser de l’esclavage, de ses conquêtes et du colonialisme, faut-il s’étonner que les immigrés relèvent la tête, qu’ils s’en prennent à la France, et qu’ils ne la respectent pas ? »

Jacques de Guillebon a participé à la revue Immédiatemment au début des années 2000, en compagnie de son acolyte Falk Van Gaver, sorte de revue de « royalistes de gauche »#sdfootnote5sym (sic). De cette époque, il garde un réseau qui lui ouvrira bien des portes... Mais aussi des aventures de jeunesse, notamment sa participation au contre sommet de Gennes en 2001 aux côtés de militants de gauche. Il agitera quelques années plus tard cette expérience comme une sorte de brevet de gauchisme, peut-être pour tenter de faire oublier le conservateur qu’il est. Il écrit dans pas mal de journaux différents, le rendant assez insaisissable, même s’il a plutôt une sympathie pour la presse conservatrice : Le Figaro, Causeur, la Nef, Atlantico.fr, Famille Chrétienne ,...

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Au début des années 2010, il se fait passer tout un temps pour un anarchiste. Avec Falk Van Gaver, il écrira les livres L’Anarchisme chrétien puis Anarchrist qui brouillent volontairement les pistes en présentant côte à côte des figures historiques de l’anarchisme et du royalisme tout en montrant une sorte de proximité au niveau des idées... Autant dire que Guillebon n’aura pas été invité sur les médias libertaires pour faire la promotion de l’ouvrage. Heureusement pour notre ami, le journal de l’Action Française lui offrira un peu de visibilité.

Proche de Marion Maréchal-Le Pen, il a le mérite d’avoir une position claire au second tour de l’élection présidentielle de 2017, en appelant à voter Marine Le Pen#sdfootnote8sym, tout comme quatre autres membres de l’Avant-Garde, Thibaud Collin, Laurent Meeschaert, France Andrieux et Frédérick Bigrat. Il fait également preuve d’une certaine clarté il y a quelques mois dans la revue Le Harfang , « le magazine de la fédération des québecois de souche  », lorsqu’il évoque « cet événement destructeur qu’est l’immigration de masse contemporaine . »

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Jacques Guillebon se rallie à la théorie complotiste de Renaud Camus…

Malgré cela, n’allez surtout pas lui dire qu’il a des idées d’extrême droite ! Car ce champion du confusionnisme aime bien redire encore et encore qu’il n’est pas d’extrême droite, comme il le confia à L’Action française : « si je suis d’extrême droite, je le suis avec Proudhon, Ghandi, Orwell, Ellul (…)  »

A notez également que le réseau de l’Avant-Garde affiche ostensiblement une proximité avec plusieurs animateurs de la revue Limite tels que Gaultier Bès de Berc, Eugénie Bastié ou Paul Piccaretta. Mais nous vous en reparlerons dans un futur article. On peut également établir un parallèle avec la revue France , elle-même animée par Charlotte d’Ornellas et Damien Rieu.

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Les premiers numéros des revues Limite, France et L’Incorrect.

Enfin, l’actualité du mouvement, c’est la sortie de leur propre revue le 7 septembre dernier : L’Incorrect . Tirée à 10 000 exemplaires et diffusée en kiosques, on peut dire que le projet est ambitieux. D’autant plus que visiblement, l’ensemble a été vendu en quelques jours. A la soirée de lancement, on apercevra plusieurs figures de l’extrême droite comme Marion Maréchal-Le Pen (encore elle) ou Philippe Vardon.

Tout cela nous emmène à l’université d’été 2017 qui a pour thème « Sommes-nous toujours en démocratie ? » et qui se déroule les 23-24 septembre prochains à Saint-Lambert dans les Yvelines. Sans trop de surprise, on retrouve dans les participants plusieurs personnes dont nous avons déjà parlé, ainsi que d’autres qui gravitent habituellement dans les mêmes réseaux. Pour la faire courte, il s’agit surtout d’hommes politiques et de journalistes issus de diverses tendances réactionnaires.

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Christian Vanneste à l’université d’été 2016 de l’Avant-Garde.

Pour se faire une idée de l’ambiance qui peut régner dans ce genre d’événements, tournons-nous maintenant vers une conférence qui a eu lieu lors de l’université d’été 2016 et qui porte sur le thème « Vers la fin de l’identité européenne ? » Au delà du titre, qui en lui-même nous donne déjà une indication des préoccupations des cinq participants, c’est surtout Christian Vanneste (qui remettra ça pour l’université d’été 2017) qui est le plus explicite. Si on tend bien l’oreille, voila ce qu’on peut comprendre durant son intervention : il faut être fier de l’identité européenne et la protéger pour qu’elle ne perde pas sa nature, pour ne pas dire « sa couleur », il y a une incompatibilité totale de l’islam avec la conception européenne de l’homme, il faut « oser faire la guerre » car l’Europe est menacée.

Bref, l’Avant-Garde est certes un mouvement récent, mais il règne un sentiment de vieille rengaine quant aux personnes qui le portent et aux idées dont il se réclame. On assiste donc plutôt à une reconfiguration de paradigmes anciens avec pour finalité de réduire le clivage entre les droites. Reste à savoir qui pourra porter politiquement cette vision. Est-ce que Marion Maréchal-le Pen pourrait saisir cette opportunité pour un éventuel retour en politique ? L’avenir nous le dira.
La Horde